Interview
pour "Course Landaise
Magazine" http://mpcourselandaise.blogspace.fr/
Jean-Charles Pussacq, êtes-vous né dans le
sérail ?
- Né le 12 mars 1941 à
Pomarez je dois mes débuts dans la
tauromachie landaise et espagnole à mon père, grand
passionné de ces arts et qui m’a amené
dès 1947 aux courses de Pomarez, Tilh, Habas, Pontonx, Dax,
Bayonne… J’ai vu les débuts de Marcel Forsans
qui a été mon idole ; ses parents habitaient sur
une propriété familiale. Gérard Saqueboeuf et
Jeannot Dussarat ont été mes voisins et j’ai
assisté à leurs débuts dans une course de
novillos à Pomarez. J’ai également
assisté aux débuts de Luis Miguel Dominguin et
d’Ordonez dans les années 53-54 dans les arènes
de Bayonne en la présence d’Ernest
Hemingway.
Toutes ces approches ont contribué bien
évidemment à vous faire aimer la
tauromachie ?
- Oui, tout cela a contribué à me faire aimer
vaches et toros. En 61-62 je suis parti en Algérie
d’où je suivais malgré
l’éloignement les exploits des écarteurs sur
mes terres landaises. En 1963 je me suis installé sur
l’exploitation familiale à la suite du
décès de mon père. J’avais des vaches
laitières, des chevaux ; mais ce n’est
qu’en 1965-66 que j’achète mes premières
vaches et mes premiers veaux à Monsieur
Labat (Maigret –pure race Escudero-) et
à Monsieur Larrouture, et que j’ai revendus quelque
temps plus tard.
Quel a donc été votre véritable point
de départ ?
- 1969 a été le point de
départ de mon nouveau métier : Ganadéro
landais. Je suis parti 8 jours en Août en Camargue, et mes
premières vaches sont arrivées à Pomarez au
Grand Beyrie le 13 Août. Il y avait 6 Fanfonne Guillerme pure
Camargue, 4 Hubert Yonnet espagnole-portugaise, 6 Aimé
Gallon (origine Lescot)
Le samedi 13 septembre 69, dans les arènes de
Pomarez, ces vaches sans corde ont débuté leur
carrière dans une course mémorable et des gradins
archicombles, devant une cuadrilla pomarézienne. Marcel
Forsans en était le chef. Le bétail a surpris tout le
monde, notamment une vache rouge dénommée
Rouperte, écartée sans corde par Roland
Gantois et avec corde par Marcel Forsans.
Et cela a continué ?
- Cette année-là j’ai fait une autre
course à Pomarez et une autre à Tilh.
Après ces cuadrillas formées
d’écarteurs pomaréziens, il vous fallait une
cuadrilla qui vous soit attachée toute la
saison ?
- début 70, j’ai monté ma
première cuadrilla de jeunes avec comme chef Roland Gantois.
Son beau-frère Alain Lamazère a débuté
et a fait parler de lui à ses débuts. Depuis lors,
chaque année, j’ai monté une cuadrilla avec
quelques anciens toreros dont Roland Gantois, Marcel Lalanne, puis
ce fut l’arrivée de Michel Cassiède, Janick
Truchat, Jean-Pierre Rachou, les frères Gantois, Didier
Goeytes, Philippe Ducamp, les frères Fayet, les
frères Laborde… je ne peux les nommer tous, mais
nombreux sont ceux qui ont défendu les couleurs bleu et
blanc de la Ganadéria Pussacq. Tous ces jeunes qui ont
débuté chez moi ne rentreraient pas dans un
semi-remorque ! Les sauteurs, eux aussi, ont fait parler
d’eux : Labadie, Claude Lagarde, Philippe Ducamp, Thomas
Bijard, Sylvain Macia…
Et pour le bétail, vous ne faisiez pas encore
d’élevage ?
- Pour les bêtes je me ravitaillais en Camargue chez
Tardieu, Gallon, François André, Fanfonne Guillerme,
Valin, Maillhan et Roland Durand. J’ai eu la chance
d’acheter chez François André en 1972 une jeune
vache blanche qui s’est avérée formidable et
que j’ai appelée Rabonéra, ainsi que
Caliente. C’est de là qu’est parti tout
mon élevage avec ces vaches couleur savon (blanc
foncé). En 1974 je suis allé acheter 23 espagnoles
à Séville chez le Marquis d’Albasserrada. A ce
moment-là Marcel Forsans a tenu la corde pendant trois ans
chez moi et ce furent les débuts du grand Jean-Pierre
Rachou.
Et cette fameuse Rabonéra
alors ?
- En 1976, Rabonéra fit parler d’elle
ainsi que son fils, un toro dénommé Brazilio
I. Sa tête est dans les arènes de la Mecque
à Pomarez. Je faisais des courses de seconde partout, entre
35 et 45 courses par an, et des spectacles de jeux taurins,
c’est à dire 100 spectacles par an. Je peux dire que
j’ai assuré tout au long de ma carrière plus de
2000 courses, et vers la fin, il y avait à
« Grand Beyrie » environ 130 têtes de
bétail.
Des vedettes de l’arène sont donc
passées chez vous ?
- Chaque année, dans l’équipe de
jeunes, une vedette montrait son nez. En 1984 ce fut Didier Goeytes
qui depuis a fait son chemin. En 87, 88, 89, Philippe Ducamp fut un
mémorable sauteur.
Parlez-nous un peu de l’élevage, puisque
c’est votre passion.
- Je faisais naître des veaux et des velles dans ma
ganadéria pour renouveler mes coursières. J’ai
rentré de nouveaux étalons d’origine
portugaise : Varela Crujo, Sommer
d’Andrade, et en 89 j’ai acheté un lot
de 16 portugaises chez Simäo Malta dont est sorti le
célèbre toro nommé Simäo,
toréé et gracié, écarté sans
corde à l’âge de 4 ans.
Tous ces croisements ont été
fructueux ?
- Tous ces croisements que j’ai effectués
m’ont permis de trouver dans la race Rabonera le
type idéal pour la course landaise :
combativité, acceptation de la corde, le moral, la
vitesse.
Votre grande satisfaction a été la
reconnaissance pour les courses formelles ?
- Après 20 ans de galères et de sacrifices en
seconde, personne ne me faisait de cadeau. Je suis le seul à
ce jour à avoir subi les règlements de la FFCL, avec
une équipe de jeunes toreros, et puis une élection
des comités et associations et des dirigeants pour
accéder enfin en formelle, rentrant ainsi dans la cour des
grands.
Votre fierté c’est aussi d’avoir fait
l’école taurine ?
- J’ai fait l’école taurine
rattachée à la FFCL en fournissant pendant 17 ans un
bétail adéquat, sous la responsabilité des
divers directeurs : Monsieur Georges Lafitte, le Capitaine
Alban Darbo, Etienne Noguez et Didier Bordes. Je peux dire que
j’ai découvert 7 champions dans les jeunes
écarteurs.
J’ai évolué sous la présidence
de deux grandes personnalités : Monsieur Jacques
Milliès-Lacroix et Monsieur Gérard Darrigade, et
toutes leurs équipes bien sûr.
Je crois savoir que vous avez reçu des
récompenses pour vous être autant investi en course
landaise ?
- Ma première récompense c’est
d’avoir fait débuter autant de jeunes et formé
des champions. C’est aussi le succés que mon
élevage a rencontré auprès des organisateurs.
Sinon j’ai reçu la médaille de bronze des
sports et la médaille de bronze de la FFCL, la
médaille du Mérite Agricole.
Votre bétail s’est aussi illustré dans
les novilladas ?
- J’ai fourni pas mal de bétail pour les
novilladas sans picadors dans différentes places et
j’ai fait débuter des toreros dont on a beaucoup
parlé : Simon Casas, André Viard, Fernandez
Meca, Juan Bautista (Jean-Baptiste Jallabert), Raphaël Canada,
Denis Loré etc…
Deux toros
novillos de mon élevage ont été
graciés : en 87 Campesino à Pouillon et
en 91 Simäo à Orthez. De « Grand
Beyrie » il est sorti des toros pour
écarter : Brazilio I, Brazilio II et Simäo ;
face à un Miura à Hagetmau Roberto,
extraordinaire.
J’ai également présenté deux
lots de novillos sans picador dans les arènes de Dax, ce que
jamais aucun ganadéro landais n’a
eu l’occasion de faire à ce jour.
Je suppose qu’au cours de tant d’années,
les moments de joie et de désillusion ont
alterné ?
- Bien sûr. Tout au long de cette vie de Ganadero, il
y a eu des hauts et des bas, des bons et des mauvais
moments. Et puis en 82 et 86 notamment, deux grands amis
sont partis : Gilles Ducoureau et Robert
Fayet.
Et puis il y eut cette date fatidique de
1996 ?
- En 1996, avec les normes européennes et les
nouvelles réglementations, l’âge, il a fallu me
résoudre à partir en pré-retraite, abandonnant
ainsi ce métier de fou, mais que j’ai pratiqué
sans relâche avec toujours la même envie, en ayant
sué sang et eau au travail, en ayant laissé aussi
beaucoup d’argent… tout cela pour une passion, celle
de la course landaise et du bétail.
Si c’était à
refaire ?
- Je recommencerai. Au bout de toutes ces années je
n’ai qu’un seul regret : que la race
créée à « Grand Beyrie »
ne soit pas exploitée en élevage au service de la
course landaise.
Ces bêtes sont parties chez Jean-Louis Deyris,
Jean-Louis Clabères, Jean-Pierre Labat, la DAL-Agruna,
Michel Darritchon, les frères Bats et Eric
Pernaut.
Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la course
landaise ?
- Je regrette toute cette réglementation tatillonne
et obscure, ces normes nombreuses qui transforment cet art fait de
traditions et de folklore en sport lucratif… mais ce
n’en est pas un. Il est nécessaire d’avoir le
goût du risque, l’amour des animaux, le respect des
hommes, une volonté de fer.
Parfois vous avez été seul, souvent vous
avez été entouré ?
- oui j’ai été entouré, à
commencer par tous les toreros qui sont passés chez moi.
Mais je n’oublierai pas non plus les comités,
responsables et animateurs qui m’ont fait confiance dans tout
le sud-ouest en m’ouvrant les portes des
arènes.
Remerciements à
Jean-Charles Pussacq pour l'interview qu'il nous a accordée
pour "Course Landaise Magazine" http://mpcourselandaise.blogspace.fr/
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